Spécial violences urbaines novembre 2005

Lundi 31 octobre 2005

 Scène de panique à la mosquée Bilal, un soir de ramadan. Les musulmans venus prier ce dimanche 30 octobre 2005, dans cette mosquée de Clichy Sous-Bois (93), ont essuyé des tirs de grenade lacrymogène durant la prière. Selon les témoins, environ un millier de fidèles étaient réunis pour la prière de Tarawih, comme chaque soir depuis le début du mois de Ramadan, lorsque des grenades lacrymogènes ont atterri dans la salle de prières durant le Soujoud, la prosternation. « Ce fut la panique totale, explique Mamadou. Les gens étaient pris de panique parce que personnes ne comprenait ce qui se passait. Depuis quatre jours, on sait qu’il y a de la tension. Il y a des CRS partout dans la ville. Mais là on était dans l’enceinte d’une mosquée. Il y avait ceux qui voulaient sortir parce que l’air était devenu irrespirable dans la mosquée. Mais comme les tirs venaient de l’extérieur, d’autres voulaient les empêcher de sortir pour éviter qu’ils soient pris pour cibles.

Ce fut vraiment panique à bord pendant un moment. C’était une grosse bousculade avec des hurlements, des pleurs, des gens qui s’évanouissaient jusqu’à ce qu’on comprenne ce qui se passait. Là ce fut la colère et les vieux comme les jeunes sont tous descendus pour réagir. » Du premier étage de la mosquée où elles participent à la prière, les femmes sont descendues dans une cohue indescriptible, laissant un sol jonché de chaussures oubliées et de foulards arrachés. Depuis cinq jours, un dispositif policier très visible quadrille la ville de Clichy où des affrontements de rue ont opposé les Forces de l’ordre à des groupes de jeunes suite à la mort suspecte de deux jeunes de la ville.

Officiellement, les deux jeunes seraient morts électrocutés en tentant d’échapper à des agents de police. Mais nos témoignages recueillis auprès des jeunes nieraient cette version des faits. Mais ce dimanche soir, le ton est monté entre des éléments des CRS stationnés dans le secteur de la mosquée et un automobiliste tentant de sortir du secteur. L’on ignore pour l’heure les raisons qui ont motivé les tirs dans l’enceinte de la mosquée à un moment de prière. Le responsable de la mosquée, M. Bouhout, a déclaré à Saphirnet son intention de réunir le Conseil de la mosquée dès lundi pour « décider ensemble de la suite à donner à cet incident. Nous sommes surpris parce que nous n’avons pas l’habitude d’être regardés comme une mosquée à problèmes. Bien au contraire. Nous avons le soutien des autorités locales qui déplorent ce qui s’est passé ce soir. Nous avons les meilleures relations avec les responsables des autres cultes. Pour l’heure, on ne sait pas encore si la mosquée était visée ou s’il s’agit d’une malheureuse bavure. On en saura mieux demain » a-t-il ajouté.

http://www.saphirnet.info/breves_6588.html

Par Saphir
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Lundi 31 octobre 2005
  Dimanche, 15h mairie de Clichy-sous-Bois. Le maire a organisé une rencontre informelle avec les jeunes, tous très remontés ou dépités par l’attitude de la police la veille. La veille, la ville avait organisé une marche silencieuse en hommage aux deux adolescents, Ziad et Banou, brûlés vifs jeudi dernier dans une centrale EDF alors qu’ils étaient, ou pensaient être, poursuivis par la police. Mais si, après deux jours d’émeutes, la tension était tombée d’un cran, les jeunes accusent les forces de l’ordre de susciter et d’entretenir la haine du képi en multipliant provocations, abus d’autorité et répression gratuite.

« Toutes les forces vives à même de calmer le jeu ont fait un énorme travail. La marche s’est déroulée dans le calme, mais dans la soirée les CRS se sont mis à aiguillonner les jeunes, à les provoquer » , reconnaît un membre de la mairie qui a requis l’anonymat. Sur le parking de la mairie, plus de 150 jeunes, essentiellement d’origine africaine (Afrique noire et Afrique du Nord), sont venus écouter le maire. Ce dernier tient à rappeler que toute la casse qu’il y a eu sera à la charge de la ville, donc du contribuable. Il prône une solution entre personnes de la ville et semble mettre de côté le facteur policier. Chacun s’exprime librement.

Dans la foule, les langues se délient. De petits groupes se forment ça et là pour commenter les événements de la veille. Tous dénoncent les abus et les provocations de la police. Beaucoup ont été témoins d’exactions ou directement pris pour cible. « Ils (les policiers, ndlr) sont plus chauds, ils nous provoquent plus. Le frère d’un des enfants défunts était avec nous, comme d’habitude, en bas de son immeuble quand la police est arrivée, avec ses flash ball (fusil tirant des balles en caoutchouc, ndlr) et a commencé à nous toiser pour finir par lui dire : ‘toi rentre chez ta mère’. Il a fait trois pas vers les flics pour leur parler, un des flics lui a dit : ‘Arrête ou je t’allume’. Nous nous sommes sauvés jusqu’au dixième étage, ils ont commencé à tirer des balles à gaz dans le hall », explique, écoeuré, Jérémy.

Des mères de famille insultées alors qu’elles sortaient de la mosquée

« Ils racontent tous de la merde, spécialement les journalistes, s’emporte Youcef, en regardant l’équipe de Capa production (Le vrai journal), entourée de jeunes, prendre des images et des commentaires. Ils ont d’emblée commencé à salir la réputation des victimes alors que le procureur de Bobigny reconnaît aujourd’hui qu’ils n’étaient pas connus défavorablement des services de police. Les médias veulent tous nous faire passer pour des racailles, alors que c’est la police qui provoque les jeunes pour saisir le moindre prétexte pour frapper ou tirer. »

« Nous sortions de la mosquée, et la police nous a encerclés, flash ball aux poings. Ils nous ont pris à partie, mais ce qui nous a le plus choqué c’est quand ils ont mis en joue des mères de famille qui sortaient de la prière et qu’ils se sont mis à les insulter : « Cassez-vous bande de putes et surveillez mieux vos enfants ! », explique, Morad, plein d’une colère contenue. S’il ne semble pas du genre à prôner l’affrontement avec les forces de l’ordre, tous ne sont pas aussi tempérés.

Forces de l’ordre... ou du désordre ?

La tension est palpable. D’autant que trois voitures de police se sont postées à 50 m de la mairie. L’un des policiers a son flash ball à la main et le doigt sur la gâchette. La foule prend cela pour une énième provocation. Les esprits s’échauffent quelque peu. Deux personnes commencent à haranguer la foule pour attaquer la police : « Venez, on est plus nombreux, on y va tous et on leur pète leur mère », clame l’un d’eux. Heureusement que les partisans du calme et du dialogue sont plus nombreux. Ils arrivent à disperser la ligne de jeunes formée en face des voitures de police.

« Ils nous provoquent de trop, j’ai des amis qui se sont fait tirer dessus, comme ça, pour rien, avec des balles en plastique. Cela ne peut engendrer que la violence. Tout le monde est chaud. Maintenant si ça doit péter ça va péter. Je n’ai pas peur d’eux et de leurs armes. On va arriver à un stade où l’on va se procurer des armes. Ça va devenir comme en Amérique ici », prophétise Jonathan.

« La police m’a arrêté à 4 heures du matin. J’étais seul en voiture. Ils ont fouillé le véhicule et ont trouvé une batte de base-ball dans mon coffre. Quand ils m’ont demandé pourquoi j’avais une batte, je leur ai répondu qu’il n’était pas interdit d’en mettre une dans son coffre. Ils m’ont répondu : « Et c’est interdit si je le mettais dans ta gueule ! ». Puis ils ont commencé à me dire « On n’est pas à Beyrouth ici » et à m’insulter « espèce de petit pédé ». L’un d’entre eux voulait absolument me voir pleurer. Il est venu juste devant moi et m’a dit « Pleure ! ». Alors qu’il me répétait ses mots, une voiture de journalistes est heureusement passée. Je les ai interpellés et ils se sont arrêtés. Le policier a lâché avant qu’ils n’arrivent qu’il n’aimait pas les journalistes, mais bon il ne pouvait rien faire d’autre que de me laisser tranquille.

La police entièrement couverte par Nicolas Sarkozy

Dans le drame de Clichy-sous-Bois, deux versions s’affrontent, sur le point de savoir si la police poursuivait ou non les adolescents qui revenaient d’un match de foot : celle de la police et celle des jeunes de la ville. Le problème est qu’il y a des témoins. Un des jeunes poursuivis explique qu’il s’est caché alors que ces trois copains filaient droit vers la station EDF. Au delà du témoignage, certains ne comprennent pas non plus la version de la police. « Pourquoi certains autres jeunes ont été arrêtés s’ils ne les poursuivaient pas, puisque tout le monde avait pris la fuite ? », s’interrogent les uns. « Pourquoi les jeunes auraient-ils décidé d’escalader un mur de 3 mètres avec des barbelés ? », se demandent les autres. Autant d’interrogations que la police balaie d’un revers de la main.

Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a, lui-même, déclaré dimanche au 20 heures de TF1, que d’après les éléments dont il disposait : « la police ne poursuivait pas les jeunes ». S’il entend « dire la vérité à tout le monde », il a tenu à rendre « hommage au travail remarquable des policiers » et à les « féliciter » pour les différentes interpellations. Un discours sécuritaire qui nourrit, pour beaucoup, un amalgame dangereux - à savoir que toutes les personnes appréhendées étaient des voyous- et qui cautionne l’impunité des forces de l’ordre.

Une vidéo accablante pour les forces de l’ordre

Nicolas Sarkozy a une fois de plus rappelé qu’il entendait maintenir une « tolérance zéro » face aux violences urbaines. Décriant la police de proximité, il prône désormais la nécessité de multiplier les interpellations. Entendu par là que les « vrais jeunes », n’auront rien à craindre de la police. En attendant, le dispositif sécuritaire, qui compte plus de 400 CRS, gendarmes et policiers, commençait à se mettre en place dimanche pour quadriller la ville.

La police soutenue par le ministre de l’Intérieur a-t-elle tous les droits ? Une vidéo, tournée depuis un téléphone portable, circule actuellement dans les quartiers. Un document, intitulé « Les nouveaux keufs [1]de Sarko », qui a été remis à Afrik et dont une partie pourra être visualisée en ligne. On y voit une voiture de police arrêtée portière ouverte. On croit deviner qu’un policier reçoit un projectile. La riposte est immédiate. On y voit clairement des policiers en civil tirer à plusieurs reprises, dont deux fois presque à bout portant, avec leurs flash ball. On les voit courir après les jeunes en criant « Revenez bande de bâtards ! »

« Certaines des balles en caoutchouc sont même signées, explique Kader. Il y a un gars qui en a récupéré une qui portait l’inscription : ’Boum, boum dans tes fesses, à bientôt, Luc’. La rupture entre les jeunes et les forces de l’ordre semble définitivement consommée. Entre le discours des politiques, qui cautionnent les agissements de la police et les médias, accusés de travestir et tronquer la réalité, la méfiance et le ras-le-bol nourrissent un sentiment de haine qui pourrait malheureusement conduire au pire.

  Visionner ci-dessous la vidéo:

 http://afrik.com/IMG/mov/Keufs_1.mov
Visionner le document Quicktime

Par Afrik
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Jeudi 3 novembre 2005

 

Source : http://sarkostique.over-blog.com/article-1132311-6.html#anchorComment 

C'est tiré d' un blog satirique sur Sarko : http://sarkostique.over-blog.com/

Allez jeter un coup d'oeil

 

Par Sarkostique
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Vendredi 4 novembre 2005
 Alors ? Poursuivis ? Pas poursuivis ? Et ce cambriolage, tiens. Qu'est-il devenu, ce cambriolage, qui avait d'abord justifié la poursuite par la police des deux garçons de Clichy-sous-Bois, dont le supplice aura embrasé en quelques jours les cités de la banlieue parisienne ? Et la grenade lacrymogène, tirée sur la mosquée. Cette grenade qui figure «dans la dotation» des CRS, mais dont le ministre, pardi, n'est pas certain qu'elle ait été tirée par un CRS. Le connaîtra-t-on un jour, le tireur ? Vérités contradictoires, accusations volatiles, semi-démentis embarrassés se sont succédé tout le week-end, avec en fond sonore l'écho des insultes sarkozyennes de la semaine précédente. Mais, à lire la presse et à voir les journaux télévisés de cette Toussaint d'émeutes, on dirait que les faits eux-mêmes furent d'abord secondaires. Quand ils se réfugient dans le transformateur EDF, les garçons étaient-ils poursuivis par la police ? Et si oui, était-ce à la suite du cambriolage d'un chantier, comme l'annonçaient toutes les télés vendredi dernier ?

On affirme d'abord haut et fort. On nuance le lendemain. Patience, les jeunes, on mène l'enquête. On vous dira plus tard. Toute la vérité bien entendu, qui en douterait ? A l'évidence, ces bafouillages initiaux de la police et du gouvernement sont l'allumette qui embrase la pinède. C'est parce qu'ils sentent des failles dans les versions officielles, et peu de désir de les explorer, que les incendiaires de Clichy brûlent leurs premières voitures. Et pourtant, pour le gouvernement, mais aussi pour la presse, tout au long du week-end, l'établissement de cette vérité semble moins urgent que de produire du discours. D'urgence, ressortons du placard les éternelles rengaines. Nécessité d'un plan d'ensemble. Lutte contre l'exclusion. Fermeté. Main tendue. Etc., etc. Mais ces mots n'embrayent plus. Comme s'ils avaient été vidés de sens par les insultes sarkozyennes. Racailles, voyous, Kärcher : post-mortem, les mots semblent insulter deux gamins suppliciés à qui, pour toute épitaphe, la Justice par la voix du procureur de Bobigny aura accordé qu'ils n'étaient «pas défavorablement connus des services de police». «Innocents», dans la bouche du digne magistrat, eût sans doute été excessif.

Tout aussi impressionnant est le supplice du malheureux quinquagénaire d'Epinay, battu à mort par une poignée de sauvages parce qu'il voulait photographier un lampadaire. A celui-là non plus, les médias n'accordent pas la sépulture d'un récit fiable et détaillé, mais pour une autre raison : parce que personne, parmi les témoins, n'ose raconter, de crainte de représailles. Et cette inimaginable crainte, à son tour redouble la terreur. A ceux que révolte la mort des deux jeunes électrocutés, on demande de vivre avec le mensonge officiel. A ceux que glace d'effroi la mort du malheureux photographe, on demande de vivre avec le silence. Les deux sont insupportables.

Troués d'incertitudes, ces deux récits racontent deux épisodes d'une même guerre. Le mort d'Epinay, les deux morts de Clichy : on sent bien que chaque camp déjà s'approprie les siens. Ceux qui pleurent sur Clichy, ceux qui préfèrent Epinay : si l'on voulait tracer, dans les médias, mais aussi dans les consciences, la ligne de partage de la guerre froide française aujourd'hui, si l'on voulait en dessiner la cartographie des fractures, il faudrait analyser l'impact des deux effrois, des deux douleurs, des deux récits, que produisent le mort d'Epinay et les morts de Clichy. Il faudrait analyser, dans le secret de chaque âme, dans les colonnes de chaque journal, comment ces deux effrois se sont jalousés, ou complétés. Aragon chantait l'union de celui qui croyait au ciel et de celui qui n'y croyait pas. Marc Bloch définissait le patriotisme français par la capacité d'être également ému à l'évocation du sacre de Reims et de la fête de la Fédération de 1790. Bleus contre blancs, la ligne de partage traverse les deux derniers siècles. Si les couleurs et les contours des camps ont changé aujourd'hui, les lignes de l'éternelle guerre civile française sont restées aussi infranchissables. Se sentir français aujourd'hui, pleinement français, possédé par la froide tragédie française, ce serait se sentir également envahi par les deux effrois, par les deux mémoires. Celle du malheureux photographe d'Epinay, qui n'a pas même droit à la publicité de son nom, et celle des petits footballeurs de Clichy.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on n'entend pas beaucoup de voix publiques exprimer avec la même force ces deux compassions-là. Sarkozy, n'en parlons pas, qui est en train de perdre toute chance d'incarner un jour l'unité nationale. Mais Villepin, à l'Assemblée, affecte-t-il de les mêler dans le même hommage qu'aussitôt la suite de son discours trahit ses préférences. Grincements, prudences, opportunismes, calculs, voilà ce qu'on entend dans les arrière-pensées des hommes d'Etat, quand on y entend quelque chose. Le mort d'Epinay, les deux morts de Clichy : il n'est manifestement venu à l'idée de personne de leur rendre à tous trois, le même jour, en une même cérémonie, un hommage national. En présence de la police, de la Justice, des conseils municipaux, des enfants des écoles. Et de la télévision, bien entendu. A cet oubli se mesure la profondeur des tranchées.

Sources: http://www.liberation.fr/page.php?Article=335911
Par Daniel SCHNEIDERMANN
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Vendredi 4 novembre 2005
 Au plus loin que je puisse remonter dans le passé, il m’a toujours été inculqué que pour être respecté il faut être respectable et que lorsqu’on à quelque fonction élective ou une once de pouvoir il convient de donner l’exemple. Par la parole et par les actes. On est donc tout à fait fondé d’exiger d’un ministre qu’il soit exemplaire tant dans ses propos que dans ses actes. Qu’il soit un modèle en quelque sorte et qu’il ne déshonore pas la République.

Monsieur Sarkozy, rappelons-le, n’occupe pas une fonction élective au sommet de l’Etat. Il a été désigné ministre. En bon technocrate qu’il est, de fait, cela ne lui donne aucunement le droit de s’affranchir de la volonté du peuple qui s’exprime par le suffrage universel. Cela ne lui donne pas plus le droit d’éructer avec de forts emprunts au vocabulaire lepéniste une haine aux accents calculés.

La République et la démocratie ne peuvent pas et ne doivent pas permettre de tels dérapages, à fortiori quand ils émanent de la bouche d’un ministre qui porte le numéro deux sur l’échiquier gouvernemental. En d’autres temps où la déliquescence de la pensée n’avait pas encore fait les ravages que nous constatons, de tels propos auraient conduit au limogeage et à la condamnation unanime de l’intéressé par la classe politique et intellectuelle. Aujourd’hui que les intellectuels « officiels » sont formatés donc aphones, que les « programmes politiques » s’élaborent à grand coup de sondages et d’idées puisés dans les discussion avinées des « café du commerce »... Aujourd’hui donc, Sarkozy parle à la France et aux Français comme parlent les « bofs ». Sauf que Monsieur Nicolas Sarkozy de Nagy Bosca n’est pas un « bof » comme les autres et que les mots qu’il nous sert, s’ils ne lui étaient pas totalement inconnus hier, ne faisait pas partie de ses habitudes de langage.
« Respect » - comme on dit en pied d’immeubles - pour les agences de communications qui l’ont si bien briffé !

Cette mise en scène serait pathétique si elle ne portait pas en elle la volonté affirmée d’en découdre avec les banlieues pour que s’embrasent les quartiers populaires et que la peur fasse son ouvrage. C’est cette stratégie qui a conduit au pouvoir quelques fascistes tristement célèbres et c’est cette stratégie là que le ministre de l’Intérieur français - et président de l’UMP - a décidé de porter dans chacun de ses déplacements au cœur des quartier dits « difficiles ». Notons que si ces quartiers sont si difficiles, c’est en grande parti à cause de la politique menée par l’UMP et ses représentants. Le PS avait aussi, on s’en souvient, bien balisé le chemin et entretenu le foyer.

Embraser les banlieues et reproduire une énième fois un scénario qui, en 2002, a porté l’extrême droite au deuxième tour de la présidentielle. Telle est l’ambition du premier flic de France, telle est l’ambition du patron de l’UMP, telle est l’ambition du MEDEF qui, demain, tirera seul les marrons du feu.

La peur, la peur, toujours la peur comme façon de gouverner ou pour cacher une absence de gouvernement, qu’importe, c’est cette manipulation là qu’il convient de dénoncer au moment où les médias officiels en rajoutent dans la surenchère... et n’analysent plus rien sur le fond. Des voitures qui flambent, des jeunes encagoulés, des pierres qui volent.... Ce ne sont que les effets spectaculaires d’une cause que l’on voudrait tenir cachée, comme une vieille recette mise à jour par les gouvernements successifs à l’approche d’une élection que l’on dit capitale. Depuis 1982, combien de fois le peuple des banlieues a été instrumentalisé ?

Et cette peur encore si l’on se réfère aux médias : de la grippe du poulet aux intoxications alimentaires dues au steaks surgelés en passant par les dérèglements climatiques, les attentats et l’embrasement de la planète, c’est bien une succession de prétextes à avoir peur qui nous sont servis quotidiennement et plus particulièrement le soir à l’heure du souper.
Il est définitivement établi que dans ce monde, le positif n’a plus droit de cité.

Une stratégie planétaire

Comme une stratégie qu’aucun journaliste digne de ce nom ne peut ignorer et devrait dénoncer, l’œuvre de Big Brother se fraye ainsi un passage dans chaque état en suivant une procédure identique et dont seule l’ampleur diffère en fonction des objectifs à atteindre.

Car ne nous y trompons pas, c’est bien le pouvoir économico-financier représenté par l’OMC qui dirige le monde avec ses filiales ou complices que sont les pouvoirs politiques chargés de mettre en place des gouvernements et des technocrates parfaitement inféodés. Une des filiales française s’appelle l’UMP et son président - qui ignore les conflits d’intérêts - a été nommé ministre de l’intérieur ce qui lui donne un pouvoir considérable et lui attribue une folle sensation d’invincibilité.

Mais à jouer avec le feu, à utiliser des peurs mal contrôlées, à surenchérir avec aveuglement, à trop flirter avec la droite extrême et à se croire indomptable et au dessus de tout... parfois la machine se grippe. Même les stratégie les mieux pensées ont une faille. Cette faille existe forcément. Certains qui la connaissent où l’ont déjà décelée attendent le faux-pas.

Et nous, modestement, mais avec opiniâtreté et conviction, nous portons encore et toujours le même rêve : celui de l’avenir de l’homme.

http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=1991

Par René BALME
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Lundi 7 novembre 2005
 

 "Qui sont les meneurs des violences urbaines ?" interroge gravement le présentateur de France-Info en ouverture de son journal de 15:30 en ce vendredi après-midi, dans un contexte de lassitude extrême des habitants des quartiers touchés, et politiquement difficile pour les gouvernants.
-  Car voilà l’info des prochaines 12 heures, cher peuple de France, c’est que les violences urbaines que connaissent les banlieues franciliennes depuis une semaine sont l’œuvre des "islamistes radicaux". [
1]

En réalité, le message a commencé dès jeudi soir, en douceur, après une journée ayant vu de Villepin soutenir à bout de bras un Sarkozy exsangue affichant sa tête des mauvais jours, et qu’il avait totalement muselé mercredi (à l’Assemblée et dans les médias). [2] Jeudi soir donc, le gouvernement a sorti une petite voix fade qu’on avait presque oubliée, celle de l’inénarrable Philippe Douste-Blazy, prêtre de seconde zone du règne du faux . Les infos ont alors laissé couler ce petit filet de message : il y aurait peut-etre [3] des islamistes derrière les violences urbaines. Message forcément crédible puisque que c’est le ministre des Affaires étrangères qui parle (histoire de montrer la connexion avec le terrorisme international).

Puis les sarkozystes [4] consolident le message aujourd’hui vendredi, après avoir été contraints à sortir en meute mercredi, en s’exposant tous médiatiquement pour seconder un Sarkozy pour une fois empêché et contraint (telle pour défendre et légitimer le terme de "racaille", tel pour rappeler qu’il n’y a "rien à changer" au propos du ministre...). Aujourd’hui et ce week-end, le message à faire passer est urgent : il s’agit de créer une diversion capable de renverser la charge de la preuve. Si en plus elle peut permettre a posteriori de justifier encore plus de répression, alors on est preneur. C’est tout trouvé : se référant au manuel du "règne du faux" , Sarkozy et le gouvernement ont logiquement choisi les terroristes islamistes ! Ca tiendra le temps que ça tiendra [5] mais l’essentiel est, après une semaine non-stop d’événements, de réussir à laisser dans les mémoires la seule empreinte des faits eux-mêmes (les violences), plutôt que leur cause profonde (le délitement social, les provocations de Sarkozy). Et accessoirement, de faire oublier que Nicolas Sarkozy, ministre en charge de l’Ordre intérieur, est lourdement responsable du déclenchement des troubles.

"C’est trop spontané... euh trop organisé pardon..."

On commence donc à matraquer le vendredi à suivre. "Les violences ne sont pas spontanées" dixit le député-maire UMP Eric Raoult, très bien exposé médiatiquement sur ce coup [6]. Raoult produit tellement de faux, que même son vocabulaire le trahit : "Il y a quelque chose de trop spontané, de trop organisé et on est loin de la douleur de la mort de deux jeunes électrocutés". [7]

Le règne du faux politicien prend forme pour récupérer l’événement à son profit, avec le but prioritaire de faire totalement oublier que l’action politique du ministre de l’Intérieur est à la source de la flambée de violence. Dans un contexte où les habitants des banlieues sont lassés, usés et remontés, le climat est toujours pesant pour Nicolas Sarkozy (un peu moins que mercredi et jeudi néanmoins), qui a le week-end pour redresser la tête.

De quelques responsabilités...

Pourtant les Français ne sont pas dupes [8], et n’oublieront sans doute pas que c’est bien Nicolas Sarkozy qui :

-  est dévoré par une ambition personnelle démesurée, se sent "un destin" depuis toujours et brigue de façon affirmée l’Elysée depuis plusieurs longs mois ;

-  n’est pas toujours maître de ses nerfs quand il rencontre un obstacle politique, comme plusieurs témoignages de hauts fonctionnaires et de politiciens l’ont laissé entendre ces derniers mois, notamment dans la presse ;

-  a toujours pratiqué le machiavélique "diviser pour mieux régner" ;

-  est le politicien républicain qui défend le plus en France des thèmes électoraux et des politiques sécuritaires et autoritaires, notamment pour les zones urbaines ;

-  a élevé la démagogie en science politique, et en fait abondamment usage, notamment sur le sujet des banlieues ;

-  a élevé la gesticulation médiatique comme méthode politique, au détriment d’un travail responsable de fond, notamment sur les banlieues ;

-  a, lors de ses passages successifs depuis 2002 au ministère de l’Intérieur, su "redonner confiance aux forces de l’ordre" comme il s’en vante depuis ces dernières semaines dans les médias, engendrant une recrudescence des bavures policières [9], notamment dans les banlieues ;

-  est farouche partisan d’une gestion communautariste de la société, particulièrement avec les musulmans (création du CFCM, volonté de réformer la loi de 1905...) ;

-  affichait volontiers dans la presse il y a une quinzaine de jours (soit une semaine avant le début des violences) sa volonté de "revenir" au ministère de l’Intérieur (comprendre : d’y être plus présent après une période d’intense activité pour l’UMP) ;

-  en multipliant les Sarkolives sur zone, a choisi comme sujet pour l’épisode actuel du Sarkoshow le thème des banlieues, qui avait particulièrement bien pris avec l’épisode-pilote du "Karcher®" ;

-  s’est mis a user de son argument des "mots vrais" pour insulter les Français [10], notamment ceux des banlieues...

Nicolas Sarkozy donc, ministre d’Etat, chef du parti politique majoritaire, chef des forces de l’Ordre, qui, en cherchant à noyer le poisson dans un baril de "règne du faux" , montre aujourd’hui aux Français qu’en plus, il est incapable de se remettre en question et d’évaluer sa propre action.

Et il voudrait que les Français l’élisent président, alors qu’il accumule autant de tares le rendant visiblement inapte à assurer une telle fonction sans danger pour la démocratie républicaine. Oulala...

  • Initialement publié sur cspcc.com le 04/11/2005.

  • http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=1993#nb10

     

  • Par Linkkz !
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