n novembre 2005, les émeutes dans les banlieues vous ont fait réagir. Aujourd'hui, ce sont les étudiants qui expriment leur colère. Comprenez-vous ce mouvement ?
Jeunes de banlieues défavorisées et étudiants mieux insérés socialement ont un point commun : ils veulent un avenir. Malheureusement, ce qu'on leur propose, c'est la précarité.
Dans les banlieues, les jeunes dénoncent le racisme. Les élites françaises sont-elles responsables d'une radicalisation de la société ?
Les mots ont un sens. Lorsqu'un philosophe respectable comme Alain Finkielkraut déclare que l'équipe de France de football fait rigoler toute l'Europe parce que, aujourd'hui, elle est "black, black, black", cela signifie-t-il que les Noirs ne sont donc pas français ? Si vous êtes d'origine russe, italienne ou polonaise, vous êtes un Français parfaitement intégré. Mais moi qui suis antillais et français depuis une éternité, est-ce que je reste un non-Français à cause de la couleur de ma peau ?
Oui, les mots ont un sens, et Nicolas Sarkozy, lorsqu'il emploie certains termes, porte une responsabilité dans la crispation de notre société. Comme si certaines idées clairement identifiées à l'extrême droite il y a quelques années avaient été récupérées et devenaient aujourd'hui "normales"...
Lorsque Jean-Marie Le Pen est arrivé au deuxième tour de l'élection présidentielle, on m'a appris la nouvelle par téléphone de Guadeloupe. J'ai cru à une mauvaise blague. Le lendemain, mes coéquipiers de la Juventus Turin se sont moqués de la France, pays des droits de l'homme ! Ce jour-là, j'ai eu honte...
L'état actuel de la société française vous inquiète ?
Oui, car j'ai le sentiment qu'elle s'américanise, dans le mauvais sens du terme. Les ghettos se forment, les riches vivent d'un côté, les pauvres entre eux, les communautés se replient sur elles. Il faut savoir quelle France on veut dans l'avenir : un pays au sein duquel l'identité nationale est partagée par toutes les couches sociales, ou un pays divisé et miné par les intérêts communautaires. Je trouve que l'on entend un peu trop le terme de minorités, et j'aimerais qu'il disparaisse du vocabulaire des politiques ! Tout le monde devrait avoir la même visibilité dans cette société et les mêmes droits. Mais pour que les gens s'identifient à ce pays, il faut agir, éduquer, ouvrir les ghettos. On n'en prend pas le chemin...
Lorsque vous étiez enfant, dans votre cité, près de Fontainebleau, la situation n'était-elle pas déjà bloquée ?
Il existait un mélange social au sein de la cité qui semble avoir disparu. De ce point de vue, la situation s'est nettement dégradée depuis une quinzaine d'années. Au lieu de favoriser cette ghettoïsation, les responsables devraient tout mettre en oeuvre pour tisser des liens entre Français, quelles que soient leurs origines.
Les politiques sont coupables, car leurs discours prônent la séparation et favorisent le communautarisme. Chacun dans son coin, voilà la réalité.
Trouvez-vous normal que l'on ait besoin de voter une loi afin que certaines catégories de citoyens français aient accès à une visibilité médiatique ? On ne doit pas mettre un Noir à la télévision pour séduire ou calmer les Noirs de ce pays, mais tout simplement parce que la France d'aujourd'hui, dans sa diversité, est aussi noire !
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