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Mardi 28 mars 2006
En novembre 2005, les émeutes dans les banlieues vous ont fait réagir. Aujourd'hui, ce sont les étudiants qui expriment leur colère. Comprenez-vous ce mouvement ?

 

 

Jeunes de banlieues défavorisées et étudiants mieux insérés socialement ont un point commun : ils veulent un avenir. Malheureusement, ce qu'on leur propose, c'est la précarité.

 

Dans les banlieues, les jeunes dénoncent le racisme. Les élites françaises sont-elles responsables d'une radicalisation de la société ?

 

Les mots ont un sens. Lorsqu'un philosophe respectable comme Alain Finkielkraut déclare que l'équipe de France de football fait rigoler toute l'Europe parce que, aujourd'hui, elle est "black, black, black", cela signifie-t-il que les Noirs ne sont donc pas français ? Si vous êtes d'origine russe, italienne ou polonaise, vous êtes un Français parfaitement intégré. Mais moi qui suis antillais et français depuis une éternité, est-ce que je reste un non-Français à cause de la couleur de ma peau ?

Oui, les mots ont un sens, et Nicolas Sarkozy, lorsqu'il emploie certains termes, porte une responsabilité dans la crispation de notre société. Comme si certaines idées clairement identifiées à l'extrême droite il y a quelques années avaient été récupérées et devenaient aujourd'hui "normales"...

Lorsque Jean-Marie Le Pen est arrivé au deuxième tour de l'élection présidentielle, on m'a appris la nouvelle par téléphone de Guadeloupe. J'ai cru à une mauvaise blague. Le lendemain, mes coéquipiers de la Juventus Turin se sont moqués de la France, pays des droits de l'homme ! Ce jour-là, j'ai eu honte...

 

L'état actuel de la société française vous inquiète ?

Oui, car j'ai le sentiment qu'elle s'américanise, dans le mauvais sens du terme. Les ghettos se forment, les riches vivent d'un côté, les pauvres entre eux, les communautés se replient sur elles. Il faut savoir quelle France on veut dans l'avenir : un pays au sein duquel l'identité nationale est partagée par toutes les couches sociales, ou un pays divisé et miné par les intérêts communautaires. Je trouve que l'on entend un peu trop le terme de minorités, et j'aimerais qu'il disparaisse du vocabulaire des politiques ! Tout le monde devrait avoir la même visibilité dans cette société et les mêmes droits. Mais pour que les gens s'identifient à ce pays, il faut agir, éduquer, ouvrir les ghettos. On n'en prend pas le chemin...

 

 

Lorsque vous étiez enfant, dans votre cité, près de Fontainebleau, la situation n'était-elle pas déjà bloquée ?

 

Il existait un mélange social au sein de la cité qui semble avoir disparu. De ce point de vue, la situation s'est nettement dégradée depuis une quinzaine d'années. Au lieu de favoriser cette ghettoïsation, les responsables devraient tout mettre en oeuvre pour tisser des liens entre Français, quelles que soient leurs origines.

Les politiques sont coupables, car leurs discours prônent la séparation et favorisent le communautarisme. Chacun dans son coin, voilà la réalité.

Trouvez-vous normal que l'on ait besoin de voter une loi afin que certaines catégories de citoyens français aient accès à une visibilité médiatique ? On ne doit pas mettre un Noir à la télévision pour séduire ou calmer les Noirs de ce pays, mais tout simplement parce que la France d'aujourd'hui, dans sa diversité, est aussi noire !

 

La suite ici: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-754509,0.html

par Le monde publié dans : Entretien, portrait
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Jeudi 27 janvier 2005
 “On ne demande pas les tendances sexuelles des gens, pourquoi on m’interroge sur mon origine?”. Fayçal, jeune français de culture musulmane est furieux que la France se pose encore de telles questions.

Comme la centaine de personnes interrogées par notre confrère Sadek Hajji et Stephanie Marteau, Fayçal ne comprend pas que la question puisse toujours se poser dans la France de 2005. Il se sent français et comme l’écrasante majorité des jeunes français de culture musulmane, Fayçal estime n’être pas concerné par les débats sur l’intégration. “Intégration, tout le monde sait que c’est bidon, alors maintenant on sort un autre mot, on dit citoyenneté”, déclare un autre jeune employé de la mairie de Lille, qui ajoute: “Le problème, c’est pas d’être moins français que les autres, c’est d’être moins riches que les autres. L’Etat au lieu de régler les problèmes, joue au Scrabble”.

Les témoignages recueillis par Sadek Hajji et Stéphanie Marteau sont à la fois drôles et poignants. Ils tiennent leur force de la spontanéité des émetteurs rencontrés dans les quatre coins de la France, devant les mosquées, dans les bars, à la sortie des collèges, chez les gens ou encore dans les cités.

Il y a dans ce “Voyage dans la France musulmane” de Sadek Hajji , notre correspondant en France, et Stéphanie Marteau, journaliste indépendante, un soupçon du superbe “la Misère du Monde” de Pierre Bourdieu. “Voyage dans la France musulmane” n’est certes pas un ouvrage sociologique: il n’y a pas eu d’échantillonnage et les gens rencontrés l’ont souvent été par hasard. Mais, le soupçon de ressemblance avec “la Misère du Monde” vient de la qualité et de la spontanéité des témoignages de ces dizaines de personnes rencontrées aux Minguettes à Venissieux d’où était partie la marche des Beurs dans les années 80, mais où se concentrent de nombreux fidèles aux discours très alambiqués de Tarik Ramadan, à Strasbourg, Mulhouse , Paris ou encore Lille. Chaque témoignage est unique parce que chaque personne rencontrée raconte son rapport individuel à la France.

Ceux qui prennent la parole, le font parce que c’est la première fois, ou presque, qu’on leur demande de s’exprimer sur leur lien à la France en tant que français. Cela va du salafiste pur et dur qui, tout en rejetant la violence, choisit de vivre en marge de la société parce qu’il ne se sent pas “Français, mais seulement musulman” à l’athée, l’agnostique ou celui ou celle qui ne désire qu’une chose: vivre comme un citoyen français normal sans l’étiquette français d’origine marocaine, algérienne ou turque..., de celui qui se dit prêt à voter Le Pen (extrême droite-raciste) parce que c’est “le seul qui soit pour le voile et qui veuille des femmes décentes” au militant extrême gauchiste, socialiste ou de l’UMP (droite au pouvoir). Le constat qui se dégage de ce “Voyage dans la France musulmane” est rassurant parce qu’il démontre que les Français de culture musulmane ne forment pas un bloc homogène, mais au contraire une diversité qui est à l’image de la société dans laquelle ils se meuvent. Majoritairement en quête d’une citoyenneté à part entière, ils réfutent l’image véhiculée par les médias et les politiques qui est donnée d’eux parce que non conforme à ce qu’ils sont.

Un livre à lire parce qu’il a le mérite de faire voler en éclats tous ces clichés qui handicapent les sociétés d’aujourd’hui.

Amina TALHIMET
Dource : Libération - Maroc
par Khalid Bouga publié dans : Entretien, portrait
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Dimanche 23 janvier 2005

 

Cela surprend beaucoup de gens dans leur entourage, mais certaines Latinas US disent que l’islam offre plus de respect aux femmes.

Union City (New Jersey) - Jasmine Pinet est assise sur les marches d’une mosquée locale. En arrangeant les mèches de ses cheveux roux sous son foulard blanc, elle explique pourquoi elle, une jeune Latina, estime qu’elle a trouvé plus de respect envers elle-même comme femme en se convertissant à l’islam.

« Ils ne vont pas vous dire :’Hé mami, comme ça gaze?’», dit madame Pinet à propos des hommes musulmans. «Généralement, ils disent : ‘Bonjour, ma sœur’ et ils ne vous considèrent pas comme un objet sexuel; »

Alors que centaines Latinas de son âge essayent d’imiter les vêtements moulants et les tortillements de hanches de stars à la Jennifer Lopez et Christina Aguilera, Mme Pinet et d’autres adoptent un style de vie plus conservateur et se convertissent à l’islam. Les femmes représentent plus de la moitié des Latinos musulmans qui fréquentent cette mosquée d’Union City.

À l’échelle nationale, il y a aux USA aujourd’hui environ 40 000 Latinos musulmans, selon la Société islamique d’Amérique du Nord.

Beaucoup de Latinas converties disent que leur conviction que les femmes sont mieux traitées dans l’islam a été déterminante dans leur choix de se convertir.
Certains pourront protester que le port du voile marque une femme comme propriété, mais certains converties latinas disent qu’elles sont heureuses de ne plus être sifflées quand elles marchent dans la rue. «Les gens comprennent immédiatement que je suis une personne religieuse et ils me respectent plus », dit Jenny Yanez, une autre Latina musulmane. «On ne vous juge pas si vous êtes à la mode ou démodée. »

D’autres Latinas musulmanes disent aussi aimer l’accent mis par la religion sur la fidélité à l’épouse et à la famille.Mais pour beaucoup de proches, ces conversions ont été une surprise, souvent mal vécue.

Cela crée une image inappropriée, souligne Leila Ahmed, professeur d’études féminines et religieuses à l’Université Harvard. « Je suis abasourdie de voir à quel point les gens pensent que l’Afghanistan et les talibans représentent la vision des femmes de l’islam. » De fait, dit-elle, ce qui se passe, c’est que les relations entre les femmes et l’islam sont en train de se remodeler. « Nous sommes aux prémices d’une refondation importante de l’islam, qui va l’ouvrir aux femmes.

Les lettrés musulmans sont en train de relire les textes fondateurs de l’islam - du Coran aux textes juridiques - de toutes les manières possibles. »
Une nouvelle vision des femmes en islam prévaut peut-être dans des pays comme les USA, où les femmes lisent le Coran par elles-mêmes et s’appuient moins sur des interprétations patriarcales.

« Je pense que les femmes d’ici affirment plus leurs droits et privilèges », dit Zahid Bukhari, directeur du Programme d’études musulmanes-américaines à l’Université Georgetown.

Certaines Latinas musulmanes disent qu’elles avaient des stéréotypes sur les femmes musulmanes avant de de décider de se convertir, mais qu’elles ont changé d’avis une fois qu’elles se sont liées d’amitié avec un musulman.
« J’ai toujours pensé : ‘oulala, ces femmes obligées de porter ces voiles, les pauvres !’ », dit Pinet. Puis elle a rencontré son copain musulman et elle a commencé à étudier le Coran avec un groupe de femmes. elle dit avoir été impressionnée par le respect qu’elle a rencontré.

« Une femme est respectée parce qu’elle est la mère, elle s’occupe des enfants et elle est celle qui veille à l’application des règles », dit Pinet. «Et ça, c’est sacré. »

Ceux qui critiquent la décision de Latinas de se convertir à l’islam disent qu’elles ne font qu’adopter une religion aussi patriarcale que la foi catholique d’origine de beaucoup d’entre elles.
« S’il est vrai que la culture latina tend à être dominée par le mâle et à être machiste, je me hasarderais à dire que cela existe aussi dans l’islam », dit Edwin Hernandez, directeur du Centre pour l’étude de la religion latina (sic ! NdT) de l’Université Notre Dame.

Les Latinos constituent 6% des 20 000 convertis annuels à l’islam, selon un rapport publié par le Conseil sur les relations américano-islamiques (Council on American-Islamic Relations). On peut voir des preuves empiriques qui suggèrent que ce nombre pourrait augmenter. Mais cela ne signifie pas que les choses seront facilitées pour les femmes qui font ce choix.

« Au début ils se sont mis en colère, puis ils sont devenus méchants », dit Nylka Vargas de la réaction de ses parents lorsqu’elle leur a annoncé qu’elle allait se convertir à l’islam et a commencé à s’habiller de manière plus conservatrice. « Ça leur semblait parfois bizarre d’être en ma compagnie. »
La famille de Pinet a accepté son choix plus facilement, mais elle aussi s’est heurtée à une certaine résistance dans sa communauté. « C’est comme si on avait trahi les siens », dit-elle.

Pour certains, le plus fastidieux, ce sont les différences culturelles.
« Je ne peux pas manger de porc, je ne peux pas porter de vêtements moulants, je ne peux pas danser en boîte, et je ne peux pas aller à l’église », dit Mlle Yanez, qui est d’ascendance cubaine et espagnole. «Mais je garde ma langue, et nous continuons à faire des choses en tant que latinos sans avoir à changer ces habitudes. »

Dans la communauté islamique, les Latinas musulmanes disent recevoir un accueil chaleureux, bien qu’il existe parfois des barrières linguistiques pour les Latinas qui ne parlent que l’espagnol. Il y a peu de services religieux en espagnol dans les mosquées (??? NdT) et le nombre de textes islamiques en espagnol est limité.

Des organisations de base spécifiques pour musulmans latinos ont été créées ces dernières années. Elles fonctionnent en partie comme ressources d’information pour les nouveaux convertis, mais aussi pour apporter un soutien à ceux qui rencontrent des difficultés à la maison.
En fin de compte, les musulmanes latinas disent que le temps aplanit les divisons et l’angoisse que leur conversion cause parfois dans leur entourage.
« J’ai eu à apprendre la patience », dit Vargas, dont la famille a fini par accepter ses croyances religieuses après plusieurs années. «Parfois, les choses ne se passent pas comme nous le voudrions. »

Article traduit du Christian Science Monitor:

http://www.csmonitor.com/2004/1227/p11s02-ussc.html

 

par Khalid Groum publié dans : Entretien, portrait
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Jeudi 6 janvier 2005
 De Giovanni Gauhy

Latifa, 24 ans, a manqué de perdre son travail. Infirmière stagiaire depuis décembre 2003, au service hépatologie d’un hôpital de Rouen (Normandie), elle était en attente de sa titularisation lorsqu’un beau matin de septembre 2004, elle apprend que son bonnet pose problème. La polémique autour de son foulard a profondément marqué la jeune infirmière originaire de Rouen. Cette affaire de foulard au sein même de l’hôpital a bousculé les méthodes de recrutement des futures infirmières des hôpitaux de la région. Entretien avec une victime ordinaire du débat antifoulard.

Saphirnet.info : Que s’est-il passé exactement en ce mois de septembre 2004 ?

Au mois de septembre j’ai été convoquée dans le bureau du cadre supérieur qui gère mon service. J’étais encore contractuelle. Je pensais donc que cette convocation se situait dans le cadre des évaluations pour la titularisation. Une fois dans son bureau, elle me dit que mon bonnet pourrait être un frein pour ma titularisation. Un médecin aurait été interpellé par mon petit bonnet cet été. Et il aurait fait part de son indignation à la Direction de l’hôpital.

Comment avez-vous pris cette information ?

J’étais abasourdie. J’ai expliqué que je portais déjà le foulard, un an plus tôt, lors de mon entretien. On ne m’avait fait aucune remarque sur ce foulard. On ne m’avait fait aucune réflexion non plus durant mes neuf mois de stage. Et maintenant, parce qu’il s’agissait de la titularisation, cela posait problème. Mais je ne voyais vraiment pas le problème !

Votre argumentation a-t-elle été convaincante ?

Le cadre m’a dit que si je voulais que tout se passe bien je devais enlever mon bonnet et lui signer un papier où je m’engage à ne pas revenir sur ma décision même après ma titularisation. Je n’y comprenais rien. Mais je lui ai promis de réfléchir. Par la suite, j’ai été convoquée plusieurs fois, et finalement j’ai fait savoir que je n’étais pas prête à me découvrir. Le cadre m’a dit alors qu’elle ne pourrait plus rien pour moi et qu’il y aura des suites.

Quelles furent-elles ?

J’ai reçu une convocation de la Direction des ressources humaines. On m’autorisait à m’y rendre avec une personne de mon choix afin de trouver une solution à ce " problème de bonnet ". Lors de cet entretien, un nouvel obstacle est apparu : on m’a fait le reproche de ne porter que des blouses à manches longues ! La DRH a mis ma parole en doute en s’étonnant qu’on ne m’ait rien dit sur mon foulard lors de l’entretien d’embauche... Après une longue discussion sans fond, un compromis est trouvé : Je me suis engagée à porter une charlotte en guise de couvre-chef. Charlotte, petit bonnet, où est la différence ?

C’est qu’il y a débat sur le foulard à l’école avec des échos sur le plan international.

Mais je ne suis pas responsable de ce qui se passe dans le monde ! Il faut rester dans le cadre de l’hôpital, ne pas importer les difficultés d’ailleurs. Des intégristes il y en a partout, aussi bien chez les musulmans que chez les chrétiens, mais ces derniers sont beaucoup moins stigmatisés. Il y a l’exemple de ce patient dont la famille ne voulait pas que des personnes d’origines étrangères s’occupent. C’est fou ! C’est comme si tu allais chez le boulanger et il ne te donne pas ta baguette de pain parce que tu es black ou maghrébin.

Vous a-t-on montré une loi qui justifie la demande qui vous a été faite ?

Non pas du tout. La DRH m’a juste montré un article de journal qui disait : " Manches courtes obligatoires et pas de port de signes religieux à l’hôpital, laïcité oblige ". Ce fut sa preuve pour montrer que j’étais en tort : un article que n’importe quel journaliste aurait pu écrire. Elle m’a aussi parlé de non-respect de la laïcité, de devoir de neutralité, de ne pas afficher ma religion au sein de l’hôpital. Mais je savais que mon petit bonnet n’était pas un " signe ostensible ", comme ils disent. Car, selon la législation, ce bout de tissu en lui-même ne contrevenait pas au principe de neutralité exigé des fonctionnaires. Et si c’était le cas, que dire de toutes les croix portées par les patients ou les hospitaliers ? Mais la DRH me dit qu’elle ne peut pas faire la chasse aux croix, ça risquerait d’être compliqué. Pourtant elle se permet la chasse aux foulards..................

La suite ici: http://www.saphirnet.info/article_1435.html

 

par Khalid bougayou publié dans : Entretien, portrait
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Mercredi 22 décembre 2004
Quand je fais appel à dieu, je lui demande directement son aide, c’est le fondement de l’Islam
Monica Nur Sammour-Wüst, musulmane
Pourquoi renie-t-on le Christianisme pour l’Islam? Comment vit-on le statut de converti? Portrait d’une Suissesse chrétienne convertie à l’Islam.On estime que 30'000 citoyens suisses ont choisi l’Islam.
 
Je ne sais pas où elle va chercher ce spleen religieux.» C’est ce que son père disait d’elle, raconte Monica Nur Sammour-Wüst. Les parents de cette Zurichoise de 35 ans étaient réformés, mais sans être très religieux.

«J’allais volontiers à l’école du dimanche, déclare-t-elle à swissinfo. Mais c’est plus tard, quand j’ai découvert l’Islam, que j’ai eu une véritable révélation. Le prophète Mohamed a dit: ‘Chaque enfant vient au monde comme musulman et comme un don de dieu.’ Ce sont les parents qui nous éduquent différemment.»
Pas besoin d’intermédiaire
A l’école du dimanche, l’enseignante disait que dieu voit tout et entend tout. Mais qu’il avait envoyé Jésus sur la terre comme médiateur. «Quand j’avais 5 ans, j’ai dit à ma mère: si dieu voit tout et entend tout, je n’ai pas besoin de médiateur.»

Après sa conversion, elle a souvent pensé à cette anecdote en se disant qu’elle avait toujours été musulmane. «Quand je fais appel à dieu, je lui demande directement son aide, c’est le fondement de l’Islam.»
Pas de réponses sur la mort
En 1991, Monica Wüst a rencontré son premier mari et s’est mariée. «A cette époque, je me posais plein de questions, surtout à propos de la mort. Le christianisme ne m’a donné aucune réponse car c’est un sujet tabou.»

Son mari était libanais. «Le fait d’avoir connu la guerre faisait que, bien qu’âgé comme moi de 22 ans, il était très différent. Il ne comprenait pas pourquoi ici, dans le monde occidental, on a peur de la mort. Pour lui, c’était clair: la mort est expliquée par l’Islam.»
Conversion officielle
«J’ai commencé à m’informer et c’est alors que j’ai eu ma révélation. Je croyais déjà en dieu, aux prophètes, aux anges, à la prédestination, à la résurrection. En fait, j’étais déjà musulmane depuis longtemps, simplement, je ne le savais pas. En 1992, je me suis convertie officiellement.»

Le premier mari de Monica Wüst s’est tué dans un accident de voiture. Plus tard, elle s’est remariée. Elle a vécu six ans avec son second mari, également libanais, avant de divorcer.
A la maison, nous vivons dans l’Islam, c’est mon devoir de mère.
Monica Nur Sammour-Wüst, musulmane
Aujourd’hui seule, Monica Nur Sammour-Wüst a deux filles et un fils, qu’elle élève dans sa religion. «Je suis responsable d’elles jusqu’à leur majorité. A la maison, nous vivons dans l’Islam, c’est mon devoir de mère. Les enfants l’acceptent, je crois que c’est normal pour elles.»

Et si un de ses enfants changeait reniait sa foi? «C’est ma principale prière à dieu, que cela n’arrive jamais. Ce serait difficile pour moi car l’Islam est une règle de vie qu’on ne peut changer comme de chemise.»

Mais il ne doit pas y avoir de contrainte dans la foi. «Si un de mes enfants, dans le pire des cas, ne veut plus entendre parler de l’Islam, et bien il sera responsable de ses actes quand il sera adulte.»
Baisse du seuil d’inhibition
L’assassinat du cinéaste hollandais Theo van Gogh par un islamiste a déclenché une discussion sur les dangers du radicalisme musulman et les peurs n’épargnent pas la Suisse.

«Le seuil d’inhibition contre le racisme est descendu. On se permet de dire tout haut des choses qu’on pensait tout bas auparavant. Je connais des musulmans qui osent à peine sortir.»

Mais il y a aussi des Suisses qui sont vraiment tolérants ou qui cherchent au moins à s’informer sur l’Islam, poursuit la jeune femme. «Le plus difficile, actuellement, c’est que les médias en donnent une image négative.»
Je me sens en rien responsable des actes d’autres gens.
Monica Nur Sammour-Wüst, musulmane
Trop peu de distance avec l’extrémisme?
Souvent, on reproche aux musulmans de ne pas prendre suffisamment de distance avec les violences ou des imams qui prêchent la haine et ce qui peut passer pour des atteintes aux droits de l’homme dans nos démocraties occidentales. Ce reproche met notre interlocutrice en colère.

«Imaginez qu’on exige de vous de vous distancier des violences dans le monde simplement parce que les auteurs seraient catholiques ou réformés. Quels chrétiens se distancient des prêtres pédophiles? Pourquoi les évêques ne prennent-ils pas position? Pourquoi les chrétiens ne descendent-ils pas dans la rue?»

«Pourquoi les juifs ne se distancient-ils pas de Sharon? Pourquoi devrais-je, moi, me distancier des musulmans radicaux? Je me sens en rien responsable des actes d’autres gens et je respecte les lois suisses.».
On sait que beaucoup de musulmanes restent chez elles et ne sont pas autorisées à sortir seules. Ce n’est pas le cas de Monica Nur Sammour-Wüst. Est-ce parce qu’elle est suisse?

«Non, il y a environ 1400 ans, au temps du prophète Mohamed, les femmes n’étaient pas confinées mais avaient même des activités politiques. Enfermer les femmes à la maison, ce n’est pas un modèle religieux, c’est du patriarcat.»
Monica raconte encore que les musulmanes disent avoir plus de problèmes que les Suissesses converties. «Y a-t-il un certain racisme en plus? En tout cas, nous devons dires à ces sœurs qu’elles doivent absolument apprendre notre langue.»

«Du reste, le prophète Mohamed l’a dit: ‘Où que tu vives, apprend la langue des gens pour communiquer avec eux.’ Je conseille à mes coreligionnaires de suivre des cours de langue afin de pouvoir s’expliquer avec les gens de manière constructive.»

swissinfo, Jean-Michel Berthoud
(Traduction de l’allemand: Isabelle Eichenberger)
 
par Khalid bougayou publié dans : Entretien, portrait
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