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Jeudi 30 mars 2006

Le risque d'une catastrophe environnementale globale laisse planer le spectre d'une Terre qui court irrémédiablement à sa perte. Le protocole de Kyoto témoigne d'un engagement de la communauté internationale sur la voie de la raison écologique, mais le combat est loin d'être gagné.

"Personne ne peut dire exactement à quoi ressemble une planète quand elle tombe malade, mais la Terre pourrait en être un exemple. Oubliez l'idée selon laquelle le réchauffement climatique global est d'une tiède urgence et que cela pourrait prendre des décennies. Désormais et de façon inattendue, la crise est devant nous." Dans sa dernière livraison, Time veut tirer la sonnette d'alarme. "Soyez inquiet, très inquiet", titre en une le magazine américain, montrant la photo d'un ours blanc sur un morceau de banquise, symbole de la menace que font peser les changements climatiques sur notre habitat.

Le pire est à venir", prévient Time, qui établit une liste d'espèces animales et végétales menacées d'extinction. "Arbre à carquois", "éléphant d'Afrique", "bernache à cou roux", mais aussi des dizaines de papillons et de grenouilles. "Ce qui inquiète particulièrement les scientifiques, c'est que si nous en sommes aux prémices du réchauffement, les pertes constatées et les espèces menacées pourraient n'être qu'un avant-goût de ce qui nous attend. D'après une étude, plus d'un million d'espèces à travers le monde pourraient s'éteindre d'ici à 2050."


Pour Time, la fréquence et la violence des catastrophes naturelles de ces derniers temps sont un signe de l'actualité des changements climatiques. "Il y a toujours eu des catastrophes et il y en aura toujours. Mais quand elles frappent aussi fort et aussi vite, quand l'urgence devient un lieu commun, c'est que quelque chose tourne vraiment mal. Ce quelque chose, c'est le réchauffement global", assure Time, qui adopte un ton volontairement alarmiste.

The Independent n'est pas en reste. Particulièrement engagé sur les questions environnementales, le grand quotidien de gauche britannique fait quasiment œuvre de pédagogie à l'égard de ses lecteurs. Une ligne éditoriale qui trouve son aboutissement dans sa couverture datée du 29 mars 2006, consacrée exclusivement au "grand réchauffement climatique". "Votre monde. Vos propos", titre en une The Independent, qui publie une sélection de lettres et de courriers électroniques de lecteurs invités la veille à s'exprimer sur le sujet. Pour ce faire, le député travailliste Colin Challen a publié une contribution éditoriale en forme d'appel : "Nous devons imaginer l'inimaginable et convaincre les électeurs." C'est en tout cas le programme que s'est fixé le nouveau Groupe parlementaire sur les changements climatiques, présidé justement par Colin Challen.

La suite ici: http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=61441&provenance=accueil&bloc=01

par courrier international publié dans : Santé/ Environnement
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Mardi 28 mars 2006
« Bonjour, dit le petit prince. »[1]

-  Bonjour, dit le ministre le plus important.

-  Que fais-tu ? demanda le petit prince.

-  Je construis un modèle social. Je brade les entreprises publiques ou les noie dans un conglomérat privé, je supprime les contrats à durée indéterminée, j’invente les contrats nouvelle embauche et première embauche et je réduis les impôts des riches pour qu’ils emploient les pauvres comme domestiques. Parce qu’il y a beaucoup de chômage.

Et, sur l’écran de l’ordinateur du ministre, se dessina une courbe de croissance des dividendes.

-  C’est la courbe du chômage ? demanda le petit prince.

-  Non. Enfin, oui, c’est pareil. Le chômage et les profits, ça va ensemble.

-  Pourquoi ? s’obstina le petit prince qui ne renonçait jamais à une question. Les chômeurs perçoivent des dividendes ?

-  Ah non, les dividendes sont pour les actionnaires qui peuvent acheter d’autres actions qui leur servent à recevoir d’autres dividendes, et ainsi de suite. Ça s’appelle l’accumulation. Tu ne connais donc pas ça sur ta planète ? demanda le ministre, soudain l’air intéressé.

-  Sur l’étoile où j’habite, rien ne se vend, rien ne s’achète. Chacun rend des services gratuitement.

Le ministre demanda un instant. Il téléphona et, peu après, un monsieur bien mis et une dame avec de la prestance les rejoignirent. S’adressant à eux, le ministre leur dit :

-  Il existe une étoile non marchande. Pouvez-vous y apporter le progrès ?

-  Oui, répondit le monsieur bien mis. Mais, auparavant, il faut écrire une directive libéralisant le commerce des services entre les planètes.

-  Les habitants de mon étoile refuseront de renoncer à leurs services et de voir leur travail méprisé, objecta le petit prince.

-  La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? interrogea la dame, faussement ingénue.

Sentant les choses mal tourner, le ministre, patelin, dit au petit prince :

-  Donnez-nous l’adresse de votre étoile. Le capital ne fera qu’une visite de reconnaissance, car lui seul a la liberté totale de circuler.

-  Sur mon étoile, l’eau du puits est gratuite et elle coule sans l’aide du capital, s’entêta le petit prince.

Mais, dèjà, les autres étaient partis, emportant avec eux la position de l’astre encore inviolé. Le petit prince, étonné que l’on pût rêver d’une étoile pour autre chose que la lueur de son réverbère et la douceur de ses fleurs, reprit sa marche et rencontra le renard.

-  Tous les hommes sont-ils comme le ministre important, le monsieur bien mis et la dame fière ? lui demanda le petit prince.

-  Non, répondit le renard. Mais plus les marchands marchandisent, plus le lien social se distend et la solidarité se dissout dans l’appât du gain. Un modèle chasse l’autre.

-  Je ne comprends rien à votre histoire de modèles, rétorqua le petit prince, très en colère. Pour avoir autant de chômeurs et de précaires, souffrez-vous de trop ou de pas assez de solidarité ?

-  Modèle est un mot magique. Tu crois qu’il désigne ce qui est bon pour tous, ce qui est un bien commun à préserver et même à étendre. En fait, il désigne aussi n’importe quelle organisation existante, même catastrophique pour les plus humbles.

-  Votre modèle est encore plus compliqué que la fleur de mon étoile qui a des épines, murmura le petit prince.

-  Tu n’as pas vu le pire. Car il y a des experts du déclin qui expliquent que le modèle catastrophique est venu à cause d’un trop bon modèle antérieur et qu’il y a du chômage parce que nous ne travaillons pas assez longtemps. Nous n’avons plus de réverbères mais nous avons de puissants projecteurs médiatiques aveuglants qui sont tournés vers les miettes laissées aux pauvres, laissant dans l’ombre l’opulence, le luxe et le gaspillage.

-  Comment s’appelle votre modèle ? demanda le petit prince, au comble de la perplexité.

-  Capitalisme. Ça veut dire : modèle qui marchandise tout au nom de la mise en valeur.

-  Valeur, c’est comme modèle, vous m’embrouillez avec vos mots à double sens. N’y a-t-il donc personne pour s’insurger contre cette marchandisation des choses et des relations et contre cette perversion des mots ?

-  Oh, si. Mais combattre le modèle capitaliste suppose de réunir plusieurs conditions : mettre fin à la propriété qui autorise tous les accaparements dont celle des biens communs, placer ceux-ci hors marché, réconcilier progrès social et écologie et garantir que ces décisions soient prises démocratiquement. On essaie d’apprivoiser toutes ces choses ensemble pour en faire un réel anticapitalisme.

-  « Qu’est-ce que signifie apprivoiser ?

-  Ça signifie créer des liens (.) On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. »

Source: L’Humanité, 24 mars 2006 

http://www.oulala.net/Portail/breve.php3?id_breve=1098

par Jean marie Harribey publié dans : Analyse/ Chronique
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Mardi 28 mars 2006
En novembre 2005, les émeutes dans les banlieues vous ont fait réagir. Aujourd'hui, ce sont les étudiants qui expriment leur colère. Comprenez-vous ce mouvement ?

 

 

Jeunes de banlieues défavorisées et étudiants mieux insérés socialement ont un point commun : ils veulent un avenir. Malheureusement, ce qu'on leur propose, c'est la précarité.

 

Dans les banlieues, les jeunes dénoncent le racisme. Les élites françaises sont-elles responsables d'une radicalisation de la société ?

 

Les mots ont un sens. Lorsqu'un philosophe respectable comme Alain Finkielkraut déclare que l'équipe de France de football fait rigoler toute l'Europe parce que, aujourd'hui, elle est "black, black, black", cela signifie-t-il que les Noirs ne sont donc pas français ? Si vous êtes d'origine russe, italienne ou polonaise, vous êtes un Français parfaitement intégré. Mais moi qui suis antillais et français depuis une éternité, est-ce que je reste un non-Français à cause de la couleur de ma peau ?

Oui, les mots ont un sens, et Nicolas Sarkozy, lorsqu'il emploie certains termes, porte une responsabilité dans la crispation de notre société. Comme si certaines idées clairement identifiées à l'extrême droite il y a quelques années avaient été récupérées et devenaient aujourd'hui "normales"...

Lorsque Jean-Marie Le Pen est arrivé au deuxième tour de l'élection présidentielle, on m'a appris la nouvelle par téléphone de Guadeloupe. J'ai cru à une mauvaise blague. Le lendemain, mes coéquipiers de la Juventus Turin se sont moqués de la France, pays des droits de l'homme ! Ce jour-là, j'ai eu honte...

 

L'état actuel de la société française vous inquiète ?

Oui, car j'ai le sentiment qu'elle s'américanise, dans le mauvais sens du terme. Les ghettos se forment, les riches vivent d'un côté, les pauvres entre eux, les communautés se replient sur elles. Il faut savoir quelle France on veut dans l'avenir : un pays au sein duquel l'identité nationale est partagée par toutes les couches sociales, ou un pays divisé et miné par les intérêts communautaires. Je trouve que l'on entend un peu trop le terme de minorités, et j'aimerais qu'il disparaisse du vocabulaire des politiques ! Tout le monde devrait avoir la même visibilité dans cette société et les mêmes droits. Mais pour que les gens s'identifient à ce pays, il faut agir, éduquer, ouvrir les ghettos. On n'en prend pas le chemin...

 

 

Lorsque vous étiez enfant, dans votre cité, près de Fontainebleau, la situation n'était-elle pas déjà bloquée ?

 

Il existait un mélange social au sein de la cité qui semble avoir disparu. De ce point de vue, la situation s'est nettement dégradée depuis une quinzaine d'années. Au lieu de favoriser cette ghettoïsation, les responsables devraient tout mettre en oeuvre pour tisser des liens entre Français, quelles que soient leurs origines.

Les politiques sont coupables, car leurs discours prônent la séparation et favorisent le communautarisme. Chacun dans son coin, voilà la réalité.

Trouvez-vous normal que l'on ait besoin de voter une loi afin que certaines catégories de citoyens français aient accès à une visibilité médiatique ? On ne doit pas mettre un Noir à la télévision pour séduire ou calmer les Noirs de ce pays, mais tout simplement parce que la France d'aujourd'hui, dans sa diversité, est aussi noire !

 

La suite ici: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-754509,0.html

par Le monde publié dans : Entretien, portrait
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Samedi 25 mars 2006

Il y a cette «claque dans la gueule», ces insultes racistes («tu crois qu'on fait ça en Afrique»). Mais, de tout ce qu'Eunice Barber a raconté, vendredi à la presse, de son interpellation samedi dernier, le plus choquant, c'est cette phrase d'excuses ­ d'explications ? ­ qu'une policière aurait prononcée après que Barber a mis un terme au traitement musclé en dévoilant son identité : «Vous savez, une Black dans le 93 qui se fait interpeller, c'est une gifle.» Le tarif habituel en quelque sorte. Quelques scènes qu'elle aurait vécues dans les commissariats (Saint-Denis, puis Bobigny), après son identification, sont aussi gratinées : un des «flics» «qui l'avait violentée»«D'un coup, tout le monde a voulu être très gentil, s'est indignée Barber, mais moi, je veux vivre normalement, je veux être traitée en tant qu'être humain, pas en tant qu'Eunice Barber.» essaie de taper la discussion avec elle ; d'autres s'enquièrent de la date de sa prochaine compétition.

Premiers mots. Pour ce qui est de l'interpellation elle-même, la championne, qui n'a pu contenir ses larmes avant de glisser ses premiers mots («je vous remercie d'être là»), a confirmé la version que son avocat a diffusée depuis les faits. Le récit d'un banal incident qui dégénère en interpellation violente et occasionnera, pour l'athlète, une notification de sept jours d'interruption temporaire de travail. «Ils étaient six, ils étaient dix. Ils ont marché sur mes cheveux, sur mes mains. Il y avait deux femmes policières qui étaient particulièrement méchantes dans le fourgon.» Un récit qui diffère toujours autant de la version policière des événements. Ce qui est sûr, c'est que Barber se rendait à La Plaine (Seine-Saint-Denis), samedi vers 16 heures, pour conduire chez une amie sa mère qui voulait «se faire belle» pour la venue de son mari. Les deux femmes étaient accompagnées du neveu de l'athlète. Arrivée à une déviation, à proximité du Stade de France, la voiture s'est engagée dans une voie barrée. C'est là que tout diverge. A-t-elle mal compris les indications de l'agent (ce qu'elle dit) ? A-t-elle refusé d'obéir et de s'arrêter, entraînant avec elle un agent qui n'avait pas retiré son bras du véhicule (ce que dit la police) ? A-t-elle mordu deux d'entre eux avant d'être maîtrisée ? Ou un seul pour se dégager ? A-t-elle été victime d'insultes racistes ? Ou auteure elle-même d'insultes (elle le nie) ? Selon son avocat, Me Daoud, les charges retenues contre Barber sont triples : refus d'obtempérer, mise en danger de la vie d'autrui, violences volontaires. Les photos publiées par l'Equipe vendredi (cinq policiers arc-boutés sur Barber et quatre autres qui regardent) confirment que l'interpellation a été musclée. Mais sans qu'on sache à quel moment la scène se situe, ni ce qui l'a précédée. Le quotidien sportif assure que le pourvoyeur des images réserve son témoignage pour l'enquête. L'athlète a déposé une plainte auprès de l'Inspection générale des services de police, qui pourrait être suivie d'une autre contre les agents concernés «si le ministère public ne jugeait pas utile d'ouvrir une procédure d'enquête».


La suite ici: http://www.liberation.com/page.php?Article=369786

par Libération publié dans : Discriminations et racisme
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Mercredi 22 mars 2006

A l'heure où la presse française fait ses gros titres sur les étudiants qui manifestent contre la politique du Premier ministre, Dominique de Villepin, en général et contre le contrat première embauche en particulier, un éditorial du quotidien The Australian estime que "les images de ce qui se passe sur les boulevards de la Ville lumière sont embarrassantes pour un pays qui se respecte autant que la France".

En effet, il ne comprend pas comment les futures élites d'un pays peuvent "s'insurger contre la possibilité d'être licencié d'une entreprise au bout de deux ans si le travail n'est pas satisfaisant". En réalité, estime le journal, "les employeurs français rechignent à recruter les jeunes justement à cause du contrat à durée indéterminée. Il n'est donc pas étonnant que la France ne soit pas compétitive au niveau mondial."

Pour le seul quotidien national australien, les Français devraient suivre l'exemple des pays libéraux tels que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie – où le taux de chômage dépasse rarement les 5 % –, afin de se rendre compte que "les réformes actuelles ne sont qu'un premier pas pour empêcher une crise économique et sociale semblable à celle qu'a vécue l'Argentine".

Conseillant aux étudiants qui manifestent d'être plus assidus au cours d'économie, l'éditorial australien observe finalement que "le reste du monde n'a pas autant besoin de la France que la France a besoin du reste du monde".

Source: http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=61200&provenance=accueil&bloc=02

par courrier international publié dans : International
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Lundi 20 mars 2006

Incapable de comprendre la genèse du 11 septembre, l’Amérique s’illusionna sur ses conséquences. Aveuglement pour aveuglement, elle se trompa sur le remède comme elle s’était trompée sur le diagnostic. Au lieu de procéder à une autocritique salutaire, elle se livra à une spectaculaire fuite en avant qui, après Kaboul, la conduisit à Bagdad. Après la destruction du régime des talibans, elle s’en prit à l’un de ses vieux complices : Saddam Hussein. Croyant avoir trouvé la potion miraculeuse qui le guérirait de sa maladie, elle rêva des noces du monde arabe et de la démocratie à l’occidentale. Mais comble de l’absurde, elle compta surtout sur la force des armes pour précipiter cette mirifique lune de miel.

Lors de l’avancée fulgurante des blindés américains, au printemps 2003, les médias dominants accomplirent des efforts méritoires pour montrer les débordements de joie de la population irakienne. Mais ils évitèrent soigneusement de montrer le vrai visage de la première guerre néo-coloniale du nouveau siècle : les morgues remplies de cadavres, les enfants brûlés vifs, les civils froidement abattus. Jouant leur rôle à la perfection, ces médias stipendiés s’empressaient de relayer une propagande ahurissante où la réalité et la fiction sont interchangeables : dans la novlangue totalitaire des vainqueurs, l’occupation devint libération, les résistants des terroristes, les collaborateurs des démocrates.

Aucun des scénarios sur lesquels reposait la perspective d’une victoire rapide, pourtant, ne se réalisa. Les soldats de l’armée américano-britannique croyaient qu’ils seraient accueillis en libérateurs, mais il n’y avait ni foule en liesse ni flonflons pour fêter leur arrivée. Les stratèges du Pentagone misaient sur le succès d’une offensive terrestre en plein désert, une sorte de Blitzkrieg moyen-oriental assisté par satellite et ordinateur. Au bout de quelques jours, les forces occidentales durent contourner les villes et laisser à l’aviation le soin de les pilonner, quitte à provoquer ce que l’hypocrisie ambiante nomme par euphémisme des dégâts collatéraux, c’est-à-dire des massacres de civils.

Mais surtout, les faucons américains commirent une erreur fondamentale : ils confondirent la réalité de la guerre et leur propre perception. Pire encore, ils n’eurent aucune idée de la charge émotionnelle que cette agression contre l’Irak accumulait dans le monde. A les entendre, on eut l’impression que le seul intérêt du conflit était de faire la démonstration que l’on pouvait détruire le régime irakien en un minimum de temps en subissant le minimum de pertes. La guerre contre l’Irak était devenue un laboratoire en grandeur réelle destiné à l’éblouissement de la planète, littéralement ébahie devant les prouesses de la technologie militaire occidentale.

Cette confusion entre les moyens et les fins était ahurissante, mais elle s’imposait dès lors que les raisons avouées de la guerre ne dupaient plus personne. Qui a jamais cru que cette invasion avait pour seul objectif l’instauration de la démocratie sur les bords du Tigre et de l’Euphrate ? Ce n’est pas un hasard si les experts militaires supplantèrent aussitôt les avocats des droits de l’Homme sur la scène médiatique. Plus personne ne faisait désormais semblant de croire à de telles billevesées, et seule comptait l’expression du rapport de forces. Exit le discours moral, place à la technique, celle des frappes chirurgicales.

Mais pour la coalition, la guerre devait être irréprochable dans ses objectifs comme dans ses modalités. Ayant médité les leçons du Vietnam, les dirigeants américains savent désormais qu’une propagande doit être hégémonique pour être efficace. L’exclusivité du commentaire doit conforter le monopole du commandement. Dans la lutte contre le Mal, il faut garantir la pureté du message rédempteur en s’attribuant l’exclusivité de sa diffusion. Et grâce à des médias aux ordres, l’image de la guerre sera ainsi lavée de l’opprobre qui entache toute agression militaire.

Ce que l’opinion a vu du conflit, c’est d’abord ce que le Pentagone crut bon de lui montrer : peu de chose en définitive, noyé sous le flot continu d’un discours uniforme accréditant le mensonge d’une guerre morale. La réalité visible de la guerre s’ajustait comme par enchantement aux impératifs de la bonne conscience occidentale. Déguisée en lutte pour la civilisation, l’entreprise militaire était ramenée dans l’horizon de la loi : il suffisait de purger sa représentation de tout ce qui pouvait en démentir la légitimité. Ne voyant de la guerre que sa surface politiquement correcte, nous fûmes d’abord les réceptacles d’un déluge verbal formaté par l’envahisseur.

Et pourtant, on sut rapidement ce qu’il en était de cette intervention militaire dont la propagande occidentale vantait les mérites. Il a suffi que le monopole des médias américains fût mis à mal par Al-Jazira pour que ce mythe de la « guerre propre » vole en éclats : les massacres de civils, les bombardements à l’aveuglette, puis les prisonniers suppliciés dans cette geôle d’Abou Ghraib dont la chronique emplit bientôt les colonnes de la presse mondiale. La principale erreur des faucons de Washington fut, à coup sûr, de s’imaginer que la perception du conflit est univoque et qu’elle coïncide naturellement avec la leur.

La suite ici: http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1973

par bruno guigues publié dans : Spécial Iraq
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